dimanche 14 mars 2010

Du 27 mars au 5 avril 2010 : Festival International Jean Rouch au Musée de l’Homme (Paris)


Du 27 mars au 5 avril 2010 a lieu la 19e édition du festival international Jean Rouch au musée de l’Homme. Un évènement à ne pas manquer en matière de cinéma ethnographique. Des taxis pékinois aux oignons du Niger, de la transhumance anatolienne au désert du Thar, des rites de guérison camerounais au traitement des déchets à Montevideo, ce festival nous parlera de l’Homme, de sa vie, de ses combats et de ses espoirs. Il s’achèvera par un hommage à l’ethnologue Claude Lévi-Strauss, décédé le 30 octobre dernier.

Musée de l’Homme, 17 place du Trocadéro, 75016 Paris (M° Trocadéro), Tel : +33 (1) 44 05 72 87 , Plus d’information : www.comite-film-ethno.net

mardi 9 février 2010

Anvil, une anti-star’ac sur nos écrans…


Anvil, c’est l’anti-star’ac par excellence, pas de réussite facile, mais des années de galère, couronnées par quelques moments de symbiose avec le public qui ont suffi à ces passionnés pour s’accrocher à leur rêve.
Qui se souvient du groupe Anvil ? Parmi les plus grands du genre heavy metal, pionniers dans leur style et dans leur son, cela faisait pourtant 30 ans qu’ils ne parvenaient pas à atteindre le succès des salles combles, mais qu’ils continuaient, inlassablement, à jouer ensemble et à produire des albums, à côté de leurs petits boulots alimentaires et sans éclat.
Anvil, « l’enclume », un nom qui semblait les prédestiner au destin de solidité, mais de pesant labeur qui a été le leur…
L’histoire d’Anvil est une histoire de passion et d’amitié. Elle est touchante, car en Lipps l’émotif et Robb l’artiste plus introverti, on observe une humanité pleine d’espoir et de rêve…
Leurs yeux brillent lorsqu’ils montent sur scène, devant un public japonais au rendez-vous. Anvil, en attendant son heure de gloire, a gardé toute sa fraîcheur et son enthousiasme.
Tel un conte enseignant la persévérance, le récit émouvant du parcours de l’enclume se termine bien : depuis le documentaire qui circule actuellement dans nos salles, les contrats tant attendus et désirés sont venus.

mercredi 27 janvier 2010

Agora ou les dangers de l'intolérance...


Un peplum qui n'a pas fait l'objet d'une promotion aussi appuyée que Gladiator, pour n'en citer qu'un, mais qui a pourtant le mérite de faire réfléchir.

Agora nous transporte dans l'Egypte du IVe siècle. Les chrétiens prennent de plus en plus d'importance dans une Alexandrie cosmopolite et multiculturelle. Contrairement à l'ouverture manifestée par les religions polythéistes aux nouveaux dieux, le dieu des chrétiens est un et n'en tolère pas d'autres. Les adeptes de la nouvelle religion d'Empire se montrent donc particulièrement intolérants, et finissent par s'emparer du pouvoir. Parmi les victimes de ce renversement, nous suivons la philosophe Hypatie, qui voit d'abord la célèbre bibliothèque alexandrine pillée, avant d'être mise à mort comme sorcière. Aux lumières greco-romaines vont succéder plusieurs siècles d'obscurantisme...

Au-delà du charme du décor et des effets spectaculaires, Agora pose plusieurs questions :

-Celle des impacts sociaux que peuvent avoir de nouvelles croyances, quand celles-ci se font dogmatiques et sectaires.

-Celle des rapports entre croyances et pouvoir. (Croyances et valeurs partagées sont de puissants appuis pour affirmer son pouvoir)

-Celle de la place des scientifiques dans la société. Leur participation semble indispensable, de même que la diffusion des savoirs.

-Celle de l'exclusion et de la soumission des femmes. Les plus misérables y trouvent satisfaction en institutionnalisant la moitié de la population comme plus misérable qu'eux.

Plus qu'un peplum, Agora porte un regard critique sur des points de vie en société déterminants, et toujours d'actualité.

Istanbul à travers les âges

Capitale européenne de la culture pour 2010, Istanbul, la « vieille cantatrice couverte de gloire » célébrée par Cocteau, nous a conté cette année les siècles qui l’ont vue entremêler sous sa peau Orient et Occident. L’exposition qui lui est consacrée au Grand Palais retrace cette histoire depuis ces origines.

Grâcieuse cité héllènistique, Byzance devient, un jour de 324, le siège de l’empereur romain d’Orient, Constantine, qui en fait une nouvelle Rome. La postérité la baptisera Constantinople. Pendant un temps, la ville est la vitrine dorée de l’empire, Justinien y reconstruit la basilique Sainte Sophie, dont on peut encore observer les magnifiques mosaïques. Puis vient une période troublée, celle de la crise des images. La nature du Christ, humaine ou divine, est longuement débattue, et est motif d’affrontements.

Les croisés s’emparent finalement de la ville en 1204, la mettant à sac, avant que, deux siècles et demi plus tard, Mehmet II le conquérant en fasse une splendide musulmane, et y installe un palais enchanteur, inspiré des tentes nomades, celui de Topkapi, sur les rives du Bosphore. Mais c’est sous le règne de Soliman le magnifique, au XVIe siècle, que l’architecte Sinan réalisera les majestueuses mosquées qui ponctuent aujourd’hui le visage de la ville, de leurs douces coupoles et de leurs élégants minarets.
C'est cette histoire mouvementée que narre pour nous le Grand Palais.
Après les statuettes, stèles et bijoux romains, châsses byzantines d’or et de pierres précieuses, l’imposant escalier de la Tour vénitienne de Galata nous conduit vers un ciel de coupoles au premier étage. Là, on plonge dans l’Istanbul de Topkapi, avec les caftans de ses princes et ses corans. L’exposition se clôt avec les objets découverts lors des dernières fouilles organisées pour le percement d’une ligne de métro, et les visages des habitants qui peuplent aujourd’hui cette ville millénaire. Après le luxe des princes, c’est un retour au quotidien avant de prendre le chemin de la sortie. Et si le visiteur souhaite prolonger un peu son voyage, il peut découvrir ou redécouvrir littérature et cinéma turcs à la librairie du musée…

lundi 30 novembre 2009

Soulages, lumière et profondeur

Le premier moyen de communication, et donc d’expression, semble avoir été le geste. Avant d’être biologiquement capable d’articuler une parole, l’homme façonnait déjà des outils, et traçait sur les alcôves caverneuses des signes énigmatiques en lesquels on peut reconnaître les premières formes d’art.
C’est à ce geste créateur que l’on peut penser en observant les premières toiles peintes au brou de noix de Soulages, moins connues que ses monochromes. Notre regard suit le geste du pinceau, qui rappelle d’une part la calligraphie chinoise, mais qui construit aussi un espace, une profondeur, les lignes d’une sculpture qui pourrait bien jaillir du tableau, si l’œil pressé du visiteur lui en laissait le temps.

En évoluant, Soulages va plus loin. Il disparaît de la toile, sur laquelle il construit un espace sans laisser la trace de son passage…Cet espace est uniquement construit par la lumière d’un noir brillant et velouté s’opposant à des surfaces mattes, ou encore par des rayons s’accrochant au relief du tableau, qui prend des allures métalliques.

Le geste créateur s’est finalement fait oublier pour donner à l’art un mélange d’étrangeté et de naturel.

mardi 6 octobre 2009

Titien, Tintoret, Véronèse…Rivalités à Venise


Venise à Paris, c’est maintenant !
Et pas n’importe quel Venise…
Le musée du Louvre nous transporte vers la cité lacustre au faîte de sa puissance, dans un XVIe siècle haut en couleurs, dont Titien, Tintoret et Véronèse se font les savants interprètes.
Du 17 septembre 2009 au 4 janvier 2010, les eaux du Rialto gagnent la capitale parisienne dans la très belle exposition « Rivalités à Venise ».

Si on oppose traditionnellement la ligne florentine à la couleur vénitienne, se concentrer sur une seule de ces cités-états permet de découvrir, de manière bien plus fine, le génie d’artistes rivaux. Ils vivent tous à Venise, se connaissent, se montrent attentifs aux œuvres de leurs concurrents. Et c’est grâce au partage équitable des commandes de leurs riches mécènes, ainsi qu’aux concours organisés pour orner les monuments les plus célèbres de la ville, qu’ils évoluent dans un réel climat d’émulation.

C’est ainsi que la montée du succès de ses deux jeunes élèves n’enlève rien au maître Titien (1488/90-1576), qui règne toujours sur la peinture vénitienne, comme le Doge sur Venise. Titien est un illusionniste. Mieux que quiconque, il sait représenter la vie. Le portrait qu’il réalise du chef politique de la cité est saisissant par sa force psychologique, et par le contraste qu’il n’hésite pas à mettre en évidence. Celui d’un homme atteint par la vieillesse et la maladie, qui malgré sa faiblesse physique, son corps chétif qu’on devine derrière une étoffe somptueuse, irradie la scène par la force morale qui transparaît de son visage.



Titien a su transmettre la vie qu’il insuffle à ces personnages à ses élèves, Tintoret et Véronèse. Mais chacun incorpore ce zeste de vie à un style qui lui est particulier.

Chez Tintoret (1518-1594), cette vie prend de l’élan, du dynamisme. Tel un Delacroix vénitien, il n’hésite pas à mettre en scène ses personnages dans un équilibre en tension, avec force couleurs vives, pour nous emporter dans le tourbillon de l’action. Quand la reine Esther s’évanouit d’émotion, après avoir supplié son époux de sauver les juifs de son empire, un mouvement de foule se presse vers elle pour la relever. Le roi lui-même hâte son déplacement en courbant vers l’avant ses épaules richement parées, en un geste enveloppant et protecteur.




Les corps que peint Véronèse (1528-1588) ont, pour leur part, une stabilité à toute épreuve. Véronèse aurait été, sans nul doute, un grand sculpteur. Et il va même, occasionnellement, jusqu’à placer son personnage dans une niche, pour renforcer l’illusion de relief qu’il donne à sa peinture. Loin d’user des clairs-obscurs parfois dramatiques de Tintoret, l’heure ne semble jamais grave au soleil de Véronèse. Le baptême du Christ se déroule avec une élégance et un raffinement exquis, de même que le repas d’Emmaüs. A peine les apôtres se montrent-ils étonnés de voir à leur table le Christ ressuscité, dans une fête aimable au riche décor vénitien. Le tribunal de l’Inquisition demandera d’ailleurs des comptes au peintre pour les bouffons et hallebardiers placés autour du dernier repas du Christ, dans un tableau dont il devra tranformer le sujet pour en justifier le traitement.






Venez donc participer à la fête vénitienne, et juger par vous-mêmes des grands maîtres de Venise. Ils vous attendent au Louvre jusqu’au 4 janvier 2010.

lundi 31 août 2009

De la cruelle transition entre le chêne massif et IKEA

Et si l'achat d'un meuble Ikea n'était pas aussi anodin qu'il y paraissait ? Manquement à la piété filiale ou refus de la tradition, tout dépend de l'angle d'optique choisi...Mais à y regarder de plus près, Ikea semble bel et bien le foyer d'un séisme generationel qui a déjà commencé à frapper.

L’espérance de vie s’allonge, et comme par un effet d’équilibre naturel, celle de nos meubles s’amenuise peu à peu, pour permettre de varier un peu les plaisirs sur la route – un peu plus longue qu’on pouvait l’espérer jadis – qui nous attend. Finis les meubles centenaires, fierté de la famille. La mode est plus présente que jamais, et elle est par essence volatile. De toute façon, des meubles, on en a besoin avant que le processus de transmission s’opère. Et c’est tant mieux ! On préfère garder ses grands-parents plus longtemps et laisser leurs meubles là où ils sont !

Toutes ces considérations pour en arriver au triomphe absolu d’Ikea. Eh oui, mes chers contemporains, vibrons ensemble pour les noms suavement exotiques d’un bureau en verre trempé et ses pieds d’aluminium, ou encore le fauteuil au design hypra hype qui lui est associé. Le suédois a pris le pas sur l’armoire de famille. Et il semble présenter tous les avantages : certes, il est produit en masse et les étagères Billy sont un grand classique de nos intérieurs, mais il est, par voie de conséquence, moins cher. Modulable, il garde finalement un caractère unique. Qui d’autre que vous pourrait avoir besoin d’un meuble de 60 cm de profondeur pour moitié, puis passant à 40 cm pour rester droit malgré le décrochement qu’une maudite cheminée parisienne occasionne dans votre salon ? Pas de doute, la fin du règne des petits artisans n’a pas mis un terme au sur mesure.

Mais que vont donc devenir les gigantesques armoires de chêne massif qui peuplent les maisons de nos grand-mères ? Leur avenir repose sur nos épaules. Si la transition vers le toujours à la mode s’opère, c’est notre génération qui en sera l’actrice. A cette pensée, la folle ivresse suédoise ne nous évite pas un petit déchirement, somme toute bien naturel. Non, bien sûr, le buffet en bois de rose des arrière-grands-parents n’aurait pas tenu dans notre 50m2 parisien, mais il avait acquis le charme incomparable des vieux compagnons…la tache d’eau souvenir de nos maladresses d’enfant et l’odeur rassurante du bois patiné.

Nos enfants auront-ils pareil regret à l’évocation de la table basse Nørdenand ? Qui sait ? Il faudra donc à l’avenir attacher ses souvenirs à d’autres éléments moins matériels. Et assurément une photo du vénérable ancêtre de chêne massif s’avèrera bien préférable en poids et en volume que son sujet réel.