mercredi 30 juin 2010

L'art du fleuve Congo au quai Branly

Ils avaient fasciné Matisse et Picasso, les voilà qui débarquent en nombre sous nos yeux : venus du Congo, du Gabon, de France et de Belgique, des chefs d’œuvres de la sculpture africaine s’installent au Quai Branly pour l’été, avec l’exposition «Fleuve Congo » !

Visiblement, ce sont les ressemblances de ces objets d’art, témoignages d’une culture commune au bassin du Congo, que le commissaire de l’exposition, François Neyt, a cherché à mettre en évidence. L’exposition commence par une explication de ces points communs, au moyen de cartes :


-la première montre le développement des langues bantoues. Depuis leur berceau au Nigeria, vers 3000 av. J.-C., elles ont évolué suivant deux branches : l’une, occidentale, longe la côte atlantique, l’autre, orientale, se développe sur les terres de la région des grands lacs.

Supports de la transmission des connaissances, ce sont ces langues, de la même famille, qui ont permis aux artistes de développer une sorte d’« Ecole » commune, pour reprendre un terme cher à nos maîtres occidentaux.


-la seconde carte présente l’importance de la forêt équatoriale dans le bassin du Congo, qui a fourni aux artistes les mêmes conditions climatiques pour leur travail et les mêmes types de matériaux.


Le contexte de création est posé. Venons-en aux œuvres !


Ce voyage le long du fleuve Congo se fait en trois étapes :


-Tout d’abord, les masques en forme de cœur des ethnies Kwele, Vuvi et Lega. La stylisation y est parfois extrême, comme sur ce masque recouvert d’yeux, à la forte charge symbolique.


-Puis ce sont les reliquaires d’ancêtres vénérables qui occupent la deuxième partie de l’exposition. Leur dignité se fait clairement sentir sous la patine noire du bois, ou les lamelles de laiton qui mettent en valeur leurs visages.


-Enfin, le dernier volet s’attache à la représentation de la femme. Son aptitude à donner la vie lui vaut un grand pouvoir. Il en va ainsi chez les Punu, au Gabon, qui appartiennent au nombre des sociétés matrilinéaires. Dans ce système, les liens de parenté n’étant garantis qu’avec la famille de la mère, c’est l’oncle de l’enfant qui veille sur ce dernier, et non son père.


Outre la qualité des oeuvres présentées, l’exposition a ainsi le mérite de nous parler des hommes qui ont produit ces objets, de leur culture, de leurs langues et de leur environnement. Le musée du Quai Branly tient avec brio le rôle qu’il s’est vu attribuer : permettre la rencontre des cultures, dans un espace sans cloisons, propice au voyage.


Exposition « Fleuve Congo, Arts d’Afrique centrale », du 22 juin au 3 octobre 2010

Musée du quai Branly, 37 quai Branly, Paris 7e arr., Tel. : 01 56 61 70 00

lundi 31 mai 2010

Les Cranberries à Paris


Après sept ans d’absence, les voici de retour ! Un retour assez épique… Le 12 avril, concert annulé, Dolores n’a plus de voix, elle est obligée de reporter une partie de sa tournée. C’est donc plus d’un mois après que le groupe irlandais arrive finalement sur la scène du Zénith, pour retrouver son public fidèle.

« Les Cranberries, c’est vieux ! » m’a dit une collègue, il y a quelques mois. Le soir venu, je lui donne raison, mais je ne regrette pas d’être là. C’est toute ma vie qui semble défiler dans les airs bien connus qui s’enchaînent. Ce que je ne savais pas, c’est qu’un ami irlandais était dans la salle, lui aussi. Lui aussi assouvissait un rêve de jeunesse, en écoutant, depuis la fosse, un de ces groupes rock qui ont fait la gloire de son pays.

Dolores semble toute petite sur cette grande scène, le cheveu ras, le brun s’étant substitué à Ses mèches platine des années 90. Mais, avec sa tenue un brin punk, cela lui va bien. Qu’est-elle devenue, pendant cette longue absence, loin de la scène parisienne ? Elle ne manque pas de nous le dire, non sans fierté, sur le ton de la confidence, comme si nous nous retrouvions, vieux camarades, après toutes ces années : « J’ai quatre enfants, maintenant » annonce-t-elle entre deux chansons, au début du concert.

Pas mal, la double vie de Dolores ! Mère de famille nombreuse le jour, et rockeuse la nuit…Elle m’épate ! Mais, elle n’a pas tant changé, à vrai dire. Toujours cette même voix, reconnaissable entre mille, qu’elle crie « Zombie » ou nous susurre une de ses ballades…
Je repars heureuse de cette rencontre, de ce voyage éclair dans le temps, grâce auquel une continuité rassurante affirme sa place, face au tumulte et aux révolutions, si modestes soient-elles, de ces années.

dimanche 14 mars 2010

Du 27 mars au 5 avril 2010 : Festival International Jean Rouch au Musée de l’Homme (Paris)


Du 27 mars au 5 avril 2010 a lieu la 19e édition du festival international Jean Rouch au musée de l’Homme. Un évènement à ne pas manquer en matière de cinéma ethnographique. Des taxis pékinois aux oignons du Niger, de la transhumance anatolienne au désert du Thar, des rites de guérison camerounais au traitement des déchets à Montevideo, ce festival nous parlera de l’Homme, de sa vie, de ses combats et de ses espoirs. Il s’achèvera par un hommage à l’ethnologue Claude Lévi-Strauss, décédé le 30 octobre dernier.

Musée de l’Homme, 17 place du Trocadéro, 75016 Paris (M° Trocadéro), Tel : +33 (1) 44 05 72 87 , Plus d’information : www.comite-film-ethno.net

mardi 9 février 2010

Anvil, une anti-star’ac sur nos écrans…


Anvil, c’est l’anti-star’ac par excellence, pas de réussite facile, mais des années de galère, couronnées par quelques moments de symbiose avec le public qui ont suffi à ces passionnés pour s’accrocher à leur rêve.
Qui se souvient du groupe Anvil ? Parmi les plus grands du genre heavy metal, pionniers dans leur style et dans leur son, cela faisait pourtant 30 ans qu’ils ne parvenaient pas à atteindre le succès des salles combles, mais qu’ils continuaient, inlassablement, à jouer ensemble et à produire des albums, à côté de leurs petits boulots alimentaires et sans éclat.
Anvil, « l’enclume », un nom qui semblait les prédestiner au destin de solidité, mais de pesant labeur qui a été le leur…
L’histoire d’Anvil est une histoire de passion et d’amitié. Elle est touchante, car en Lipps l’émotif et Robb l’artiste plus introverti, on observe une humanité pleine d’espoir et de rêve…
Leurs yeux brillent lorsqu’ils montent sur scène, devant un public japonais au rendez-vous. Anvil, en attendant son heure de gloire, a gardé toute sa fraîcheur et son enthousiasme.
Tel un conte enseignant la persévérance, le récit émouvant du parcours de l’enclume se termine bien : depuis le documentaire qui circule actuellement dans nos salles, les contrats tant attendus et désirés sont venus.

mercredi 27 janvier 2010

Agora ou les dangers de l'intolérance...


Un peplum qui n'a pas fait l'objet d'une promotion aussi appuyée que Gladiator, pour n'en citer qu'un, mais qui a pourtant le mérite de faire réfléchir.

Agora nous transporte dans l'Egypte du IVe siècle. Les chrétiens prennent de plus en plus d'importance dans une Alexandrie cosmopolite et multiculturelle. Contrairement à l'ouverture manifestée par les religions polythéistes aux nouveaux dieux, le dieu des chrétiens est un et n'en tolère pas d'autres. Les adeptes de la nouvelle religion d'Empire se montrent donc particulièrement intolérants, et finissent par s'emparer du pouvoir. Parmi les victimes de ce renversement, nous suivons la philosophe Hypatie, qui voit d'abord la célèbre bibliothèque alexandrine pillée, avant d'être mise à mort comme sorcière. Aux lumières greco-romaines vont succéder plusieurs siècles d'obscurantisme...

Au-delà du charme du décor et des effets spectaculaires, Agora pose plusieurs questions :

-Celle des impacts sociaux que peuvent avoir de nouvelles croyances, quand celles-ci se font dogmatiques et sectaires.

-Celle des rapports entre croyances et pouvoir. (Croyances et valeurs partagées sont de puissants appuis pour affirmer son pouvoir)

-Celle de la place des scientifiques dans la société. Leur participation semble indispensable, de même que la diffusion des savoirs.

-Celle de l'exclusion et de la soumission des femmes. Les plus misérables y trouvent satisfaction en institutionnalisant la moitié de la population comme plus misérable qu'eux.

Plus qu'un peplum, Agora porte un regard critique sur des points de vie en société déterminants, et toujours d'actualité.

Istanbul à travers les âges

Capitale européenne de la culture pour 2010, Istanbul, la « vieille cantatrice couverte de gloire » célébrée par Cocteau, nous a conté cette année les siècles qui l’ont vue entremêler sous sa peau Orient et Occident. L’exposition qui lui est consacrée au Grand Palais retrace cette histoire depuis ces origines.

Grâcieuse cité héllènistique, Byzance devient, un jour de 324, le siège de l’empereur romain d’Orient, Constantine, qui en fait une nouvelle Rome. La postérité la baptisera Constantinople. Pendant un temps, la ville est la vitrine dorée de l’empire, Justinien y reconstruit la basilique Sainte Sophie, dont on peut encore observer les magnifiques mosaïques. Puis vient une période troublée, celle de la crise des images. La nature du Christ, humaine ou divine, est longuement débattue, et est motif d’affrontements.

Les croisés s’emparent finalement de la ville en 1204, la mettant à sac, avant que, deux siècles et demi plus tard, Mehmet II le conquérant en fasse une splendide musulmane, et y installe un palais enchanteur, inspiré des tentes nomades, celui de Topkapi, sur les rives du Bosphore. Mais c’est sous le règne de Soliman le magnifique, au XVIe siècle, que l’architecte Sinan réalisera les majestueuses mosquées qui ponctuent aujourd’hui le visage de la ville, de leurs douces coupoles et de leurs élégants minarets.
C'est cette histoire mouvementée que narre pour nous le Grand Palais.
Après les statuettes, stèles et bijoux romains, châsses byzantines d’or et de pierres précieuses, l’imposant escalier de la Tour vénitienne de Galata nous conduit vers un ciel de coupoles au premier étage. Là, on plonge dans l’Istanbul de Topkapi, avec les caftans de ses princes et ses corans. L’exposition se clôt avec les objets découverts lors des dernières fouilles organisées pour le percement d’une ligne de métro, et les visages des habitants qui peuplent aujourd’hui cette ville millénaire. Après le luxe des princes, c’est un retour au quotidien avant de prendre le chemin de la sortie. Et si le visiteur souhaite prolonger un peu son voyage, il peut découvrir ou redécouvrir littérature et cinéma turcs à la librairie du musée…

lundi 30 novembre 2009

Soulages, lumière et profondeur

Le premier moyen de communication, et donc d’expression, semble avoir été le geste. Avant d’être biologiquement capable d’articuler une parole, l’homme façonnait déjà des outils, et traçait sur les alcôves caverneuses des signes énigmatiques en lesquels on peut reconnaître les premières formes d’art.
C’est à ce geste créateur que l’on peut penser en observant les premières toiles peintes au brou de noix de Soulages, moins connues que ses monochromes. Notre regard suit le geste du pinceau, qui rappelle d’une part la calligraphie chinoise, mais qui construit aussi un espace, une profondeur, les lignes d’une sculpture qui pourrait bien jaillir du tableau, si l’œil pressé du visiteur lui en laissait le temps.

En évoluant, Soulages va plus loin. Il disparaît de la toile, sur laquelle il construit un espace sans laisser la trace de son passage…Cet espace est uniquement construit par la lumière d’un noir brillant et velouté s’opposant à des surfaces mattes, ou encore par des rayons s’accrochant au relief du tableau, qui prend des allures métalliques.

Le geste créateur s’est finalement fait oublier pour donner à l’art un mélange d’étrangeté et de naturel.