mardi 6 octobre 2009

Titien, Tintoret, Véronèse…Rivalités à Venise


Venise à Paris, c’est maintenant !
Et pas n’importe quel Venise…
Le musée du Louvre nous transporte vers la cité lacustre au faîte de sa puissance, dans un XVIe siècle haut en couleurs, dont Titien, Tintoret et Véronèse se font les savants interprètes.
Du 17 septembre 2009 au 4 janvier 2010, les eaux du Rialto gagnent la capitale parisienne dans la très belle exposition « Rivalités à Venise ».

Si on oppose traditionnellement la ligne florentine à la couleur vénitienne, se concentrer sur une seule de ces cités-états permet de découvrir, de manière bien plus fine, le génie d’artistes rivaux. Ils vivent tous à Venise, se connaissent, se montrent attentifs aux œuvres de leurs concurrents. Et c’est grâce au partage équitable des commandes de leurs riches mécènes, ainsi qu’aux concours organisés pour orner les monuments les plus célèbres de la ville, qu’ils évoluent dans un réel climat d’émulation.

C’est ainsi que la montée du succès de ses deux jeunes élèves n’enlève rien au maître Titien (1488/90-1576), qui règne toujours sur la peinture vénitienne, comme le Doge sur Venise. Titien est un illusionniste. Mieux que quiconque, il sait représenter la vie. Le portrait qu’il réalise du chef politique de la cité est saisissant par sa force psychologique, et par le contraste qu’il n’hésite pas à mettre en évidence. Celui d’un homme atteint par la vieillesse et la maladie, qui malgré sa faiblesse physique, son corps chétif qu’on devine derrière une étoffe somptueuse, irradie la scène par la force morale qui transparaît de son visage.



Titien a su transmettre la vie qu’il insuffle à ces personnages à ses élèves, Tintoret et Véronèse. Mais chacun incorpore ce zeste de vie à un style qui lui est particulier.

Chez Tintoret (1518-1594), cette vie prend de l’élan, du dynamisme. Tel un Delacroix vénitien, il n’hésite pas à mettre en scène ses personnages dans un équilibre en tension, avec force couleurs vives, pour nous emporter dans le tourbillon de l’action. Quand la reine Esther s’évanouit d’émotion, après avoir supplié son époux de sauver les juifs de son empire, un mouvement de foule se presse vers elle pour la relever. Le roi lui-même hâte son déplacement en courbant vers l’avant ses épaules richement parées, en un geste enveloppant et protecteur.




Les corps que peint Véronèse (1528-1588) ont, pour leur part, une stabilité à toute épreuve. Véronèse aurait été, sans nul doute, un grand sculpteur. Et il va même, occasionnellement, jusqu’à placer son personnage dans une niche, pour renforcer l’illusion de relief qu’il donne à sa peinture. Loin d’user des clairs-obscurs parfois dramatiques de Tintoret, l’heure ne semble jamais grave au soleil de Véronèse. Le baptême du Christ se déroule avec une élégance et un raffinement exquis, de même que le repas d’Emmaüs. A peine les apôtres se montrent-ils étonnés de voir à leur table le Christ ressuscité, dans une fête aimable au riche décor vénitien. Le tribunal de l’Inquisition demandera d’ailleurs des comptes au peintre pour les bouffons et hallebardiers placés autour du dernier repas du Christ, dans un tableau dont il devra tranformer le sujet pour en justifier le traitement.






Venez donc participer à la fête vénitienne, et juger par vous-mêmes des grands maîtres de Venise. Ils vous attendent au Louvre jusqu’au 4 janvier 2010.

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