mercredi 27 janvier 2010

Agora ou les dangers de l'intolérance...


Un peplum qui n'a pas fait l'objet d'une promotion aussi appuyée que Gladiator, pour n'en citer qu'un, mais qui a pourtant le mérite de faire réfléchir.

Agora nous transporte dans l'Egypte du IVe siècle. Les chrétiens prennent de plus en plus d'importance dans une Alexandrie cosmopolite et multiculturelle. Contrairement à l'ouverture manifestée par les religions polythéistes aux nouveaux dieux, le dieu des chrétiens est un et n'en tolère pas d'autres. Les adeptes de la nouvelle religion d'Empire se montrent donc particulièrement intolérants, et finissent par s'emparer du pouvoir. Parmi les victimes de ce renversement, nous suivons la philosophe Hypatie, qui voit d'abord la célèbre bibliothèque alexandrine pillée, avant d'être mise à mort comme sorcière. Aux lumières greco-romaines vont succéder plusieurs siècles d'obscurantisme...

Au-delà du charme du décor et des effets spectaculaires, Agora pose plusieurs questions :

-Celle des impacts sociaux que peuvent avoir de nouvelles croyances, quand celles-ci se font dogmatiques et sectaires.

-Celle des rapports entre croyances et pouvoir. (Croyances et valeurs partagées sont de puissants appuis pour affirmer son pouvoir)

-Celle de la place des scientifiques dans la société. Leur participation semble indispensable, de même que la diffusion des savoirs.

-Celle de l'exclusion et de la soumission des femmes. Les plus misérables y trouvent satisfaction en institutionnalisant la moitié de la population comme plus misérable qu'eux.

Plus qu'un peplum, Agora porte un regard critique sur des points de vie en société déterminants, et toujours d'actualité.

Istanbul à travers les âges

Capitale européenne de la culture pour 2010, Istanbul, la « vieille cantatrice couverte de gloire » célébrée par Cocteau, nous a conté cette année les siècles qui l’ont vue entremêler sous sa peau Orient et Occident. L’exposition qui lui est consacrée au Grand Palais retrace cette histoire depuis ces origines.

Grâcieuse cité héllènistique, Byzance devient, un jour de 324, le siège de l’empereur romain d’Orient, Constantine, qui en fait une nouvelle Rome. La postérité la baptisera Constantinople. Pendant un temps, la ville est la vitrine dorée de l’empire, Justinien y reconstruit la basilique Sainte Sophie, dont on peut encore observer les magnifiques mosaïques. Puis vient une période troublée, celle de la crise des images. La nature du Christ, humaine ou divine, est longuement débattue, et est motif d’affrontements.

Les croisés s’emparent finalement de la ville en 1204, la mettant à sac, avant que, deux siècles et demi plus tard, Mehmet II le conquérant en fasse une splendide musulmane, et y installe un palais enchanteur, inspiré des tentes nomades, celui de Topkapi, sur les rives du Bosphore. Mais c’est sous le règne de Soliman le magnifique, au XVIe siècle, que l’architecte Sinan réalisera les majestueuses mosquées qui ponctuent aujourd’hui le visage de la ville, de leurs douces coupoles et de leurs élégants minarets.
C'est cette histoire mouvementée que narre pour nous le Grand Palais.
Après les statuettes, stèles et bijoux romains, châsses byzantines d’or et de pierres précieuses, l’imposant escalier de la Tour vénitienne de Galata nous conduit vers un ciel de coupoles au premier étage. Là, on plonge dans l’Istanbul de Topkapi, avec les caftans de ses princes et ses corans. L’exposition se clôt avec les objets découverts lors des dernières fouilles organisées pour le percement d’une ligne de métro, et les visages des habitants qui peuplent aujourd’hui cette ville millénaire. Après le luxe des princes, c’est un retour au quotidien avant de prendre le chemin de la sortie. Et si le visiteur souhaite prolonger un peu son voyage, il peut découvrir ou redécouvrir littérature et cinéma turcs à la librairie du musée…

lundi 30 novembre 2009

Soulages, lumière et profondeur

Le premier moyen de communication, et donc d’expression, semble avoir été le geste. Avant d’être biologiquement capable d’articuler une parole, l’homme façonnait déjà des outils, et traçait sur les alcôves caverneuses des signes énigmatiques en lesquels on peut reconnaître les premières formes d’art.
C’est à ce geste créateur que l’on peut penser en observant les premières toiles peintes au brou de noix de Soulages, moins connues que ses monochromes. Notre regard suit le geste du pinceau, qui rappelle d’une part la calligraphie chinoise, mais qui construit aussi un espace, une profondeur, les lignes d’une sculpture qui pourrait bien jaillir du tableau, si l’œil pressé du visiteur lui en laissait le temps.

En évoluant, Soulages va plus loin. Il disparaît de la toile, sur laquelle il construit un espace sans laisser la trace de son passage…Cet espace est uniquement construit par la lumière d’un noir brillant et velouté s’opposant à des surfaces mattes, ou encore par des rayons s’accrochant au relief du tableau, qui prend des allures métalliques.

Le geste créateur s’est finalement fait oublier pour donner à l’art un mélange d’étrangeté et de naturel.

mardi 6 octobre 2009

Titien, Tintoret, Véronèse…Rivalités à Venise


Venise à Paris, c’est maintenant !
Et pas n’importe quel Venise…
Le musée du Louvre nous transporte vers la cité lacustre au faîte de sa puissance, dans un XVIe siècle haut en couleurs, dont Titien, Tintoret et Véronèse se font les savants interprètes.
Du 17 septembre 2009 au 4 janvier 2010, les eaux du Rialto gagnent la capitale parisienne dans la très belle exposition « Rivalités à Venise ».

Si on oppose traditionnellement la ligne florentine à la couleur vénitienne, se concentrer sur une seule de ces cités-états permet de découvrir, de manière bien plus fine, le génie d’artistes rivaux. Ils vivent tous à Venise, se connaissent, se montrent attentifs aux œuvres de leurs concurrents. Et c’est grâce au partage équitable des commandes de leurs riches mécènes, ainsi qu’aux concours organisés pour orner les monuments les plus célèbres de la ville, qu’ils évoluent dans un réel climat d’émulation.

C’est ainsi que la montée du succès de ses deux jeunes élèves n’enlève rien au maître Titien (1488/90-1576), qui règne toujours sur la peinture vénitienne, comme le Doge sur Venise. Titien est un illusionniste. Mieux que quiconque, il sait représenter la vie. Le portrait qu’il réalise du chef politique de la cité est saisissant par sa force psychologique, et par le contraste qu’il n’hésite pas à mettre en évidence. Celui d’un homme atteint par la vieillesse et la maladie, qui malgré sa faiblesse physique, son corps chétif qu’on devine derrière une étoffe somptueuse, irradie la scène par la force morale qui transparaît de son visage.



Titien a su transmettre la vie qu’il insuffle à ces personnages à ses élèves, Tintoret et Véronèse. Mais chacun incorpore ce zeste de vie à un style qui lui est particulier.

Chez Tintoret (1518-1594), cette vie prend de l’élan, du dynamisme. Tel un Delacroix vénitien, il n’hésite pas à mettre en scène ses personnages dans un équilibre en tension, avec force couleurs vives, pour nous emporter dans le tourbillon de l’action. Quand la reine Esther s’évanouit d’émotion, après avoir supplié son époux de sauver les juifs de son empire, un mouvement de foule se presse vers elle pour la relever. Le roi lui-même hâte son déplacement en courbant vers l’avant ses épaules richement parées, en un geste enveloppant et protecteur.




Les corps que peint Véronèse (1528-1588) ont, pour leur part, une stabilité à toute épreuve. Véronèse aurait été, sans nul doute, un grand sculpteur. Et il va même, occasionnellement, jusqu’à placer son personnage dans une niche, pour renforcer l’illusion de relief qu’il donne à sa peinture. Loin d’user des clairs-obscurs parfois dramatiques de Tintoret, l’heure ne semble jamais grave au soleil de Véronèse. Le baptême du Christ se déroule avec une élégance et un raffinement exquis, de même que le repas d’Emmaüs. A peine les apôtres se montrent-ils étonnés de voir à leur table le Christ ressuscité, dans une fête aimable au riche décor vénitien. Le tribunal de l’Inquisition demandera d’ailleurs des comptes au peintre pour les bouffons et hallebardiers placés autour du dernier repas du Christ, dans un tableau dont il devra tranformer le sujet pour en justifier le traitement.






Venez donc participer à la fête vénitienne, et juger par vous-mêmes des grands maîtres de Venise. Ils vous attendent au Louvre jusqu’au 4 janvier 2010.

lundi 31 août 2009

De la cruelle transition entre le chêne massif et IKEA

Et si l'achat d'un meuble Ikea n'était pas aussi anodin qu'il y paraissait ? Manquement à la piété filiale ou refus de la tradition, tout dépend de l'angle d'optique choisi...Mais à y regarder de plus près, Ikea semble bel et bien le foyer d'un séisme generationel qui a déjà commencé à frapper.

L’espérance de vie s’allonge, et comme par un effet d’équilibre naturel, celle de nos meubles s’amenuise peu à peu, pour permettre de varier un peu les plaisirs sur la route – un peu plus longue qu’on pouvait l’espérer jadis – qui nous attend. Finis les meubles centenaires, fierté de la famille. La mode est plus présente que jamais, et elle est par essence volatile. De toute façon, des meubles, on en a besoin avant que le processus de transmission s’opère. Et c’est tant mieux ! On préfère garder ses grands-parents plus longtemps et laisser leurs meubles là où ils sont !

Toutes ces considérations pour en arriver au triomphe absolu d’Ikea. Eh oui, mes chers contemporains, vibrons ensemble pour les noms suavement exotiques d’un bureau en verre trempé et ses pieds d’aluminium, ou encore le fauteuil au design hypra hype qui lui est associé. Le suédois a pris le pas sur l’armoire de famille. Et il semble présenter tous les avantages : certes, il est produit en masse et les étagères Billy sont un grand classique de nos intérieurs, mais il est, par voie de conséquence, moins cher. Modulable, il garde finalement un caractère unique. Qui d’autre que vous pourrait avoir besoin d’un meuble de 60 cm de profondeur pour moitié, puis passant à 40 cm pour rester droit malgré le décrochement qu’une maudite cheminée parisienne occasionne dans votre salon ? Pas de doute, la fin du règne des petits artisans n’a pas mis un terme au sur mesure.

Mais que vont donc devenir les gigantesques armoires de chêne massif qui peuplent les maisons de nos grand-mères ? Leur avenir repose sur nos épaules. Si la transition vers le toujours à la mode s’opère, c’est notre génération qui en sera l’actrice. A cette pensée, la folle ivresse suédoise ne nous évite pas un petit déchirement, somme toute bien naturel. Non, bien sûr, le buffet en bois de rose des arrière-grands-parents n’aurait pas tenu dans notre 50m2 parisien, mais il avait acquis le charme incomparable des vieux compagnons…la tache d’eau souvenir de nos maladresses d’enfant et l’odeur rassurante du bois patiné.

Nos enfants auront-ils pareil regret à l’évocation de la table basse Nørdenand ? Qui sait ? Il faudra donc à l’avenir attacher ses souvenirs à d’autres éléments moins matériels. Et assurément une photo du vénérable ancêtre de chêne massif s’avèrera bien préférable en poids et en volume que son sujet réel.

vendredi 3 juillet 2009

Le temps et l’argent Ou « L’insoutenable pesanteur de l’être »


Quelle est la chose la plus précieuse au monde ?
Certains vous repondront l’or, le dollar, que dis-je, l’euro !
D’autres plus sentimentaux vous parleront d’êtres chers et d’amour…
Eh bien, économiquement parlant, il semble que le temps vaille de plus en plus son pesant d’or !

La rapidité est peut-être le terme qui caractériserait le mieux l’essence de notre siècle.
Nos messages traversent le monde en une fraction de seconde.
Mais à l’heure où l’information ne connaît plus de distance temporelle, qu’en est-il de nous, pauvres esprits alourdis et ralentis par un corps bien matériel ?
Nous ne pouvons nous déplacer aussi allègrement que nos petits messages ailés, et restons dépendants des liaisons terrestres et aériennes que nous avons inventées.

Notre propre rapidité de déplacement a donc un coût, et inversement, l’argent appartient bel et bien à ceux qui se lèvent tôt :

En une journée, le prix de notre billet de train ou d’avion peut doubler, et pourtant, il nous apportera le même service !

Tel jour, notre magasin fait dix pour cent de réduction sur tel produit, qui pourtant n’a pas tellement changé pendant la nuit et retrouvera son prix habituel le lendemain.

Aujourd’hui, la Poste rejoint le mouvement général en prévoyant d’allonger ses délais d’expédition, pour créer un service express plus cher, garantissant les délais actuels…

La Bourse du temps a déjà gagné le monde.
Le temps seul fixe la valeur des choses.
Peut-être pour nous rappeler qu’il n’est sur Terre aucune valeur fixée pour l’éternité.
Et que la valeur d’une chose est au fond différente pour chacun d’entre nous.

lundi 15 juin 2009

Week-end au Moyen-âge...


Envie d’un petit voyage dans le temps ? Citadins modernes, adeptes du « c’était mieux avant », vous ne rêvez pas mieux que de retrouver la vie simple et proche de la nature de nos ancêtres ? Ne cherchez plus, nous avons ce qu’il vous faut. Rien de tel qu’un week-end à Provins pour vous faire goûter aux saveurs de la vie médiévale…

7h30 Aïe, aïe, aïe ! Dur de se lever un samedi matin…Mais la vie médiévale n’attend pas !
Vous vous dirigez d’un pas léger, que dis-je aérien, pour une bonne douche. Eh oui, au Moyen-âge, l’hygiène est déjà règle d’or…et c’est l’occasion de sortir le dentifrice à l’argile verte que vous avez acheté au salon Marjolaine, ce sera tout à fait dans l’esprit « nature, bio, et tous produits non réglementés » de cette journée.
Mesdames, pas besoin de faire un effort outre mesure pour la coiffure…votre belle chevelure sera temporairement cachée par une coiffe, à moins que vous optiez pour des nattes et leurs multiples combinaisons, les macarons de la princesse Leïa pouvant s’avérer très dans le ton, à vous de choisir…

8h Eh hop, après avoir mangé de délicieuses tartines de blé complet, l’heure est venue de revêtir votre costume ! Eh oui, après l’avoir vaillamment cousu main pendant vos longues soirées d’hiver, le moment tant attendu est arrivé. A vous chemise, surcot…et une appréhension que seuls vos amis médiévistes comprennent, celle d’un samedi au soleil…avec deux épaisseurs minimum sur votre douce peau fraîche et rose.

9h15 Ouf ! ça y est ! Vous êtes arrivés à la Gare de l’Est, où vous devez retrouver tous vos amis, et déjà, vous ne vous sentez plus seuls, car de part et d’autre arrivent princesses, gueuses, sorciers et sorcières…Et vous savez où ils vont ! Un échange de regards complices suffit pour vous joindre de près ou de loin à cette communauté de joyeux festifs. Vous les retrouverez au terminus du train, c’est sûr !

9h45 Vite ! Vous êtes montés dans le train, le seul de la matinée qui assure ce grand pèlerinage vers les âges anciens, et qui de ce fait, se remplit bien vite. Votre courte carrière à la SNCF commence…votre costume tient lieu d’uniforme, et justifie aux yeux de tous que vous êtes LA personne à qui s’adresser pour savoir si ce train va bien à Provins. En vous voyant, ils auraient pu deviner, mais bon…

11h15 Ahhh ! Un soleil resplendissant vous accueille. Un essaim de visiteurs costumés ou non vous accompagne. Vous vous souvenez, ceux dont vous étiez sûrs de retrouver à la fête médiévale ! Pour se rendre dans la vieille ville, un jeu d’enfants donc, il suffit de suivre quelques panneaux, ou vos collègues voyageurs, à travers quelques ruelles déjà bucoliques…

12h Hummm, c’est le moment de faire ripaille…c’est-à-dire de choisir entre jambon à l’os / lentilles ou cochon de lait / chou. Véritablement délicieux ! Si vous avez du mal à quitter vos racines du XXI ème siècle, il vous reste toujours le panini, à peine revisité par la fièvre médiévale qui s’est emparé de la ville…

13h Gloups, enfin rassasiés ? Prêts pour la vraie aventure ? Alors, c’est parti ! Au choix : dégustation d’hydromel pour une digestion en douceur, danse médiévale et ses farandoles endiablées, calme et puissance pour une petite séance de tir à l’arc…ou quelques frayeurs dans le camp des lépreux, qui vous réservent bien des surprises…

15H45 Hey ! Après toutes ces activités, finissez la journée en beauté avec le concert ultra-rythmé de troubadours déchaînés, dont vous admirerez les magnifiques chaussures à pointes…de vrais rockers du XIII ème siècle !

16h05 Ohhh ! C’était bien. Rejoignez la gare, pour goûter à la fraîcheur du TER bien méritée. Le train est désert, une grande part de la communauté est restée pour festoyer jusqu’à l’aube. Mais vous, doux citadin, ces quelques heures médiévales auront suffi pour vous ragaillardir, et confirmer que vos aïeux étaient chanceux de vivre une telle aventure quotidienne…Adieu Marianne et Robin des bois, et vivement l’année prochaine !
Où et quand ? Week-end médiéval à Provins (77), 1h15 depuis la gare de l'est, tous les ans à la mi-juin.