
Un moment émouvant que celui des retrouvailles de l’équipe du grand Louvre, vingt ans après l’inauguration des lieux. I.M. Pei, celui dont le nom est sur les toutes lèvres, et qui fut à la tête du chantier, voici vingt ans, a fait le déplacement depuis les Etats-Unis, pour commémorer l’anniversaire de son œuvre, alors même qu’il s’apprête à fêter ses 92 ans. Avec une grande simplicité, presque en s’excusant, il nous dit qu’il a fait de son mieux, pour construire un musée aux Français, dont il ne connaissait pas beaucoup la culture.
D’abord, une rétrospective des opérations menées.
Le Louvre était un palais, transformé en musée, mais qui n’avait pas été conçu comme tel. Aussi manquait-il cruellement de « coulisses » : réserves, laboratoires, mais aussi, d’installations permettant au visiteur de rentrer chez lui avec un petit morceau de Louvre. Librairie, boutique de souvenirs n’avaient pas encore trouvé leur place dans cette vénérable pièce d’architecture, par trop exiguë.
On mentionne aussi l’anecdote des salles fermées pendant la pause du gardien, obligé de parcourir un kilomètre pour se rendre aux toilettes, les longues salles du palais s’avérant peu en adéquation avec l’utilisation qui en été faite en musée.
Michel Laclotte, Président Directeur honoraire du Louvre, nous explique alors la réorganisation du musée, tant attendue par les conservateurs, qui fut conçue de manière très fonctionnelle. Les sculptures au rez-de-chaussée, en raison de leur poids, les peintures au deuxième étage, pour bénéficier d’un meilleur éclairage. Le percement zénithal des salles de peinture ne se fit pas sans l’accord des monuments historiques, car il exigeait la suppression de cheminées anciennes. Et l’implantation d’escalators était indispensable, pour rendre suffisamment accessibles au public les œuvres les plus célèbres.
On ne peut qu’exprimer sa gratitude à I.M. Pei, pour la place qu’il donne aux visiteurs. Un vaste hall d’accueil leur est réservé sous la pyramide, et cette entrée centrale a le mérite de réduire les distances vers nombre de salles d’exposition. Le but de l’architecte est d’élargir le public du musée, jusque-là essentiellement des touristes étrangers ou venus de province, aux Parisiens, si proches et pourtant si distants.
I.M. Pei tient compte de la ville dans laquelle se trouve le musée. Plus qu’un projet d’architecture, c’est une véritable réalisation urbanistique. Une gare routière souterraine permet ainsi de libérer la rue de Rivoli des cars de touristes, et la voici devenue aujourd’hui une agréable rue commerçante.
I.M. Pei est aussi et surtout attentif à l’histoire des lieux, une des raisons qui ont porté le choix de François Mitterrand sur cet architecte. Celui-ci s’inspire de Lenôtre, qui avait réalisé le vieux palais. Il en retient l’importance de la géométrie et le trait d’union qui relie chez lui architecture et paysage. Tournée vers le jardin des Tuileries, la pyramide est elle-même un morceau d’œuvre paysagère. La géométrie est entretenue par la forme épurée de la pyramide et les effets de reflets et de symétrie produits par les pyramidions et les fontaines.
Cette recherche permanente de l’âme des lieux donne toute leur justesse aux œuvres d’I.M. Pei. Reçu à l’Académie française, l’architecte cite le livre des changements de Lao-Tseu : « On appelle continuité ce qui délivre les choses de leur torpeur et les met en mouvement. On appelle changement ce qui confère une autre forme en les ajustant les unes aux autres. Quant à ce qui les exalte pour les rendre accessibles à tout homme sur la terre, c’est ce qu’on appelle le domaine de l’action. »
La dernière réalisation d’I.M. Pei, le musée d’art islamique de Doha, au Qatar, inauguré en novembre 2008, témoigne de la même quête de l’essentiel. Cette fois, ce n’est plus le classicisme français de Lenôtre qui est étudié et repris selon les principes d’épuration de la modernité, mais l’art islamique dans son ensemble. Une réalisation magistrale, dans laquelle la géométrie tient à nouveau une place importante.
L’architecture d’I.M. Pei est faite d’histoire, mais aussi d’une simple harmonie des formes et de lumière…peut-être l’essence du bonheur.
Coucou Laurie!
RépondreSupprimerSuper l'article et ton style...Sommes-nous devant une nouvelle journaliste?
À bientôt :)
GA
Merci beaucoup !
RépondreSupprimerPeut-être une future...
A bientôt.
LL