mardi 21 avril 2009

La journée de la jupe


Un film signé Jean-Paul Lilienfeld. Un drame fictionnel, dans lequel une enseignante, par le jeu des circonstances, devient preneuse d’otages. Une histoire simple, mais qui fait réfléchir sur le fonctionnement de l’école, ses enjeux et les défis à relever…

Sonia Bergerac, l’enseignante aux convictions fortes qu’interprète Isabelle Adjani, est fille d’immigrés. Elle vient d’un milieu populaire et a su bénéficier de l’éducation reçue en France pour progresser dans l’échelle sociale. Si elle a choisi l’enseignement, c’est pour permettre à d’autres de suivre la même voie. Le savoir est la condition de la réussite. Citons Piaget, un éminent pédagogue, qui définit l’apprentissage comme une adaptation au monde. Ne pas savoir, c’est rester un inadapté. C’est se priver d’une place meilleure dans la société.

Quelle réponse trouve-t-elle à ses desseins humanistes ? Hélas, beaucoup d’incompréhension et de violence, qui mettent en lumière des contradictions ancrées dans notre société.

>>Tout d’abord, l’école est un droit, accordé par l’Etat français à tous les enfants. Des hommes courageux, qui ont porté la Troisième République (1870-1940) au sommet de ses réalisations, ont imposé ce droit des enfants aux parents, dont la progéniture constituait souvent une main-d’œuvre importante, notamment dans les travaux des champs. Rappelons que les grandes vacances doivent leur place dans notre calendrier aux moissons, qui occupaient parents et enfants.

Or, pour la plupart des jeunes d’aujourd’hui, les travaux des champs sont bien loin, et la vraie corvée, c’est l’école, non plus vue comme un droit, mais comme une obligation qu’on leur impose. Si bien que, finalement, la prise d’otages de Mme Bergerac n’est que l’exacerbation armée de la prise d’otages quotidienne ressentie par certains.

>>A l’évidence, les élèves n’ont pas compris le système, et cette incompréhension dépasse les murs du lycée. Ces jeunes, pour la plupart issus de l’immigration, peinent à trouver leur place. Ils font partie de la deuxième génération d’immigrés, celle qui est née en France et qui n’a pas choisi le départ. Cette expatriation subie les attache à une terre qui n’est pourtant plus la leur, puisqu’ils n’en connaissent réellement ni la langue, ni les coutumes. Le rapport à la femme se révèle particulièrement complexe. Au-delà de leur mère, un être sacré, ils oscillent, à l’égard de toutes les autres, entre un respect convenu et un mépris sous-jacent, débouchant sur les actes de violence les plus graves : coups, viol, et pourquoi pas meurtre.

Défaut d’éducation ? Peut-être. En tout cas, le film de Jean-Paul Lilienfeld a le mérite de pointer du doigt les errances et illusions d’une jeunesse que sa propre vision du monde semble condamner à l’échec. Les rêves de réussite facile, entretenus par certains médias, semblent n’être qu’un élément de leur refus du système dans son ensemble.

>>Enfin, le fossé est bien grand entre la professeur de français ultra intégrée, et ces lycéens de ZEP à qui elle essaie de faire apprendre du Molière. Que leur importe que son vrai nom soit Jean-Baptiste Poquelin ? A cent lieues de la littérature française, ils sont bien loin de maîtriser correctement la langue de cet illustre auteur, ni même celle modernisée de ses descendants. Des mots identiques reviennent sans cesse, entrecoupés d’interjections en tous genres, le « parler des banlieues » s’expose ici dans toute sa maigreur. Un marqueur communautaire qui entérine leur non appartenance au système, et qui les en exclue.
Une pensée, pour conclure, à Alain Bentolila, le linguiste pédagogue qui a déjà remarqué les liens unissant le manque d’outils pour s’exprimer et la violence, un moyen comme un autre d’extériorisation.

Après la journée de la jupe réclamée par Mme Bergerac, pour affirmer la dignité et la liberté de toute femme, une journée des mots pourrait donc peut-être se révéler salutaire…

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