
La décision de justice rendue le 20 avril 2009, interdisant l’exposition d’anatomie «our body», clôt, du moins de manière temporaire, l’histoire d’un « doute éthique ».
Ethique : un mot qui revient souvent dans l’actualité de ce début de siècle. Peut-être faut-il y voir une prise de conscience générale, liée au formidable feu d’artifice d’informations rendu possible par internet, depuis vingt ans déjà ! Mais ne nous leurrons pas, le sujet n’est pas nouveau. Et l’observation du corps humain fait l’objet des mêmes doutes éthiques depuis des siècles…
Sacré et science ont rarement fait bon ménage. Toutes les religions du Livre proscrivent l’autopsie, d’où le caractère secret des premières séances d’observation et de dissection et le trafic des cadavres dès la fin du Moyen-âge. Pourquoi ? Tout simplement parce que notre corps est sacré : « l’homme est fait à l’image de Dieu, toute atteinte à l’intégrité de sa dépouille est une atteinte à la Divinité. » (Gen. 1, 26).
Le respect tout particulier porté aux corps des défunts n’est d’ailleurs pas une invention du monothéisme. Les connaissances anatomiques des embaumeurs égyptiens n’avaient déjà d’autre but que d’accomplir les manipulations nécessaires au passage du mort dans l’au-delà.
Eu égard au statut du corps humain, siège de notre âme, dont ce dernier constitue la bienheureuse enveloppe, Galien (130 apr. JC) ne pouvait se permettre de le décrire qu’en s’appuyant sur l’observation de singes disséqués. Ses observations constituèrent pendant des siècles la référence absolue en matière d’anatomie, tant en Occident que dans le monde musulman.
Ce fut André Vésale, anatomiste et médecin flamand, qui en 1540, remit en question certaines théories de Galien, mettant en lumière les erreurs commises, en s’appuyant sur sa propre expérience de la dissection humaine, cette fois. Ayant grandi juste en face de la colline où se déroulaient les exécutions, à Bruxelles, sa fascination pour les corps humains était somme toute prévisible, et révolutionna les connaissances anatomiques.
En 1543, il procède à la dissection publique du corps de Karrer Jakob von Gebweiler, un meurtrier célèbre de la ville de Bâle, un type d’évènement qui se développe et fait partie, deux siècles plus tard, du calendrier des divertissements mondains. C’est alors l’âge d’or des théâtres anatomiques, amphithéâtres aux gradins concentriques, dans lesquels le public se pressait pour voir la dissection du corps, placé au centre du dispositif.
Dans le Tableau de Paris (1782) de Louis Sébastien Mercier, l’ambiance de ces dissections publiques est des plus joyeuses. Il évoque des chirurgiens qui n’ont aucune gêne à « folâtrer et rire au milieu des ces épouvantables opérations ». Déjà chez Mercier, le « doute éthique » semble poindre. Il dénonce le voyeurisme, toujours critiqué de nos jours.
Qu’en était-il de l’exposition « our body » ? Etait-elle semblable à ces spectacles macabres ?
Il s’agissait toujours de corps découpés de différentes manières, afin de mettre en lumière notre constitution complexe : la dense et fine dentelle rouge de nos vaisseaux sanguins, notre appareil respiratoire…Et certains corps mis en scène dans l’action, à vélo, et non plus à cheval comme les écorchés de Fragonard (voir le site http://musee.vet-alfort.fr/Site_Fr/index2.htm), présentaient nos différents muscles en travail.
L’aspect pédagogique et scientifique était donc bien présent. C’était l’occasion ou jamais pour le néophyte de faire connaissance avec son corps, ses organes, si petits et fragiles, et de rentrer chez lui avec une envie décuplée d’en prendre soin.
Mais alors, où était le problème ?
Le problème, c’était la provenance des corps. Pascal Bernardin, organisateur de l’exposition, assure que les dix-sept cadavres de chinois fournis par l’Anatomical Sciences and Technologies Fundation, basée à Hong Kong, avaient été donnés dans les mêmes conditions qu’en France, c’est-à-dire avec le consentement des défunts, qui auraient donné leur corps à la science. C’est ce que mettent en doute les deux associations qui ont fait recours à la justice, Ensemble contre la peine de mort et Solidarité Chine.
Quelle est la place de ces corps ? Cimetière ou musée ? Ils restent en attente de la décision d’appel du tribunal, tandis que d’autres circulent, dans une vingtaine d’expositions en Europe et aux Etats-Unis. En éthique, on l’a compris, il est question du respect du choix des individus. Quelles étaient donc les dernières volontés de ces individus-ci ?
Ethique : un mot qui revient souvent dans l’actualité de ce début de siècle. Peut-être faut-il y voir une prise de conscience générale, liée au formidable feu d’artifice d’informations rendu possible par internet, depuis vingt ans déjà ! Mais ne nous leurrons pas, le sujet n’est pas nouveau. Et l’observation du corps humain fait l’objet des mêmes doutes éthiques depuis des siècles…
Sacré et science ont rarement fait bon ménage. Toutes les religions du Livre proscrivent l’autopsie, d’où le caractère secret des premières séances d’observation et de dissection et le trafic des cadavres dès la fin du Moyen-âge. Pourquoi ? Tout simplement parce que notre corps est sacré : « l’homme est fait à l’image de Dieu, toute atteinte à l’intégrité de sa dépouille est une atteinte à la Divinité. » (Gen. 1, 26).
Le respect tout particulier porté aux corps des défunts n’est d’ailleurs pas une invention du monothéisme. Les connaissances anatomiques des embaumeurs égyptiens n’avaient déjà d’autre but que d’accomplir les manipulations nécessaires au passage du mort dans l’au-delà.
Eu égard au statut du corps humain, siège de notre âme, dont ce dernier constitue la bienheureuse enveloppe, Galien (130 apr. JC) ne pouvait se permettre de le décrire qu’en s’appuyant sur l’observation de singes disséqués. Ses observations constituèrent pendant des siècles la référence absolue en matière d’anatomie, tant en Occident que dans le monde musulman.
Ce fut André Vésale, anatomiste et médecin flamand, qui en 1540, remit en question certaines théories de Galien, mettant en lumière les erreurs commises, en s’appuyant sur sa propre expérience de la dissection humaine, cette fois. Ayant grandi juste en face de la colline où se déroulaient les exécutions, à Bruxelles, sa fascination pour les corps humains était somme toute prévisible, et révolutionna les connaissances anatomiques.
En 1543, il procède à la dissection publique du corps de Karrer Jakob von Gebweiler, un meurtrier célèbre de la ville de Bâle, un type d’évènement qui se développe et fait partie, deux siècles plus tard, du calendrier des divertissements mondains. C’est alors l’âge d’or des théâtres anatomiques, amphithéâtres aux gradins concentriques, dans lesquels le public se pressait pour voir la dissection du corps, placé au centre du dispositif.
Dans le Tableau de Paris (1782) de Louis Sébastien Mercier, l’ambiance de ces dissections publiques est des plus joyeuses. Il évoque des chirurgiens qui n’ont aucune gêne à « folâtrer et rire au milieu des ces épouvantables opérations ». Déjà chez Mercier, le « doute éthique » semble poindre. Il dénonce le voyeurisme, toujours critiqué de nos jours.
Qu’en était-il de l’exposition « our body » ? Etait-elle semblable à ces spectacles macabres ?
Il s’agissait toujours de corps découpés de différentes manières, afin de mettre en lumière notre constitution complexe : la dense et fine dentelle rouge de nos vaisseaux sanguins, notre appareil respiratoire…Et certains corps mis en scène dans l’action, à vélo, et non plus à cheval comme les écorchés de Fragonard (voir le site http://musee.vet-alfort.fr/Site_Fr/index2.htm), présentaient nos différents muscles en travail.
L’aspect pédagogique et scientifique était donc bien présent. C’était l’occasion ou jamais pour le néophyte de faire connaissance avec son corps, ses organes, si petits et fragiles, et de rentrer chez lui avec une envie décuplée d’en prendre soin.
Mais alors, où était le problème ?
Le problème, c’était la provenance des corps. Pascal Bernardin, organisateur de l’exposition, assure que les dix-sept cadavres de chinois fournis par l’Anatomical Sciences and Technologies Fundation, basée à Hong Kong, avaient été donnés dans les mêmes conditions qu’en France, c’est-à-dire avec le consentement des défunts, qui auraient donné leur corps à la science. C’est ce que mettent en doute les deux associations qui ont fait recours à la justice, Ensemble contre la peine de mort et Solidarité Chine.
Quelle est la place de ces corps ? Cimetière ou musée ? Ils restent en attente de la décision d’appel du tribunal, tandis que d’autres circulent, dans une vingtaine d’expositions en Europe et aux Etats-Unis. En éthique, on l’a compris, il est question du respect du choix des individus. Quelles étaient donc les dernières volontés de ces individus-ci ?

