lundi 31 août 2009

De la cruelle transition entre le chêne massif et IKEA

Et si l'achat d'un meuble Ikea n'était pas aussi anodin qu'il y paraissait ? Manquement à la piété filiale ou refus de la tradition, tout dépend de l'angle d'optique choisi...Mais à y regarder de plus près, Ikea semble bel et bien le foyer d'un séisme generationel qui a déjà commencé à frapper.

L’espérance de vie s’allonge, et comme par un effet d’équilibre naturel, celle de nos meubles s’amenuise peu à peu, pour permettre de varier un peu les plaisirs sur la route – un peu plus longue qu’on pouvait l’espérer jadis – qui nous attend. Finis les meubles centenaires, fierté de la famille. La mode est plus présente que jamais, et elle est par essence volatile. De toute façon, des meubles, on en a besoin avant que le processus de transmission s’opère. Et c’est tant mieux ! On préfère garder ses grands-parents plus longtemps et laisser leurs meubles là où ils sont !

Toutes ces considérations pour en arriver au triomphe absolu d’Ikea. Eh oui, mes chers contemporains, vibrons ensemble pour les noms suavement exotiques d’un bureau en verre trempé et ses pieds d’aluminium, ou encore le fauteuil au design hypra hype qui lui est associé. Le suédois a pris le pas sur l’armoire de famille. Et il semble présenter tous les avantages : certes, il est produit en masse et les étagères Billy sont un grand classique de nos intérieurs, mais il est, par voie de conséquence, moins cher. Modulable, il garde finalement un caractère unique. Qui d’autre que vous pourrait avoir besoin d’un meuble de 60 cm de profondeur pour moitié, puis passant à 40 cm pour rester droit malgré le décrochement qu’une maudite cheminée parisienne occasionne dans votre salon ? Pas de doute, la fin du règne des petits artisans n’a pas mis un terme au sur mesure.

Mais que vont donc devenir les gigantesques armoires de chêne massif qui peuplent les maisons de nos grand-mères ? Leur avenir repose sur nos épaules. Si la transition vers le toujours à la mode s’opère, c’est notre génération qui en sera l’actrice. A cette pensée, la folle ivresse suédoise ne nous évite pas un petit déchirement, somme toute bien naturel. Non, bien sûr, le buffet en bois de rose des arrière-grands-parents n’aurait pas tenu dans notre 50m2 parisien, mais il avait acquis le charme incomparable des vieux compagnons…la tache d’eau souvenir de nos maladresses d’enfant et l’odeur rassurante du bois patiné.

Nos enfants auront-ils pareil regret à l’évocation de la table basse Nørdenand ? Qui sait ? Il faudra donc à l’avenir attacher ses souvenirs à d’autres éléments moins matériels. Et assurément une photo du vénérable ancêtre de chêne massif s’avèrera bien préférable en poids et en volume que son sujet réel.